Émile Zola : Nana
Bibliographie commentée

 

par Alain Pagès
(Université de Paris III – Sorbonne nouvelle)

Éditions

Parallèlement à l’édition conseillée (Nana, édition établie par Henri Mitterand, Gallimard, « Folio classique », 1re éd., 1977 ; nlle éd., 2002), on pourra s’appuyer sur les éditions proposées par les collections de poche concurrentes : Pocket, « Pocket Classiques », 1999 (éd. Pierre-Louis Rey) ; Garnier-Flammarion, « G-F », 2000 (éd. Marie-Ange Voisin-Fougère) ; Le Livre de poche classique, « Classiques de poche », 2003 (éd. Auguste Dezalay). Mais il sera nécessaire de se reporter également aux éditions annotées, pourvues d’importants dossiers critiques, qui présentent le roman à l’intérieur de la série des Rougon-Macquart :

    1. Les Rougon-Macquart, édition publiée sous la direction d'Armand Lanoux, études, notes, variantes, bibliographies, par Henri Mitterand, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1960-1967 : Nana figure au tome II.
    2. Les Rougon-Macquart, édition établie par Colette Becker, avec la collaboration de Gina Gourdin-Servenière et Véronique Lavielle, Robert Laffont, « Bouquins », 1991-1993 : Nana figure au tome III.

L’édition la plus complète a été fournie par Colette Becker dans la collection des « Classiques Garnier » (Dunod, 1994) : l’annotation du texte et le relevé critique des variantes poursuivent, en les enrichissant, les informations apportées par l’édition de la Pléiade.
Signalons, pour mémoire, la publication qui a été faite dans les Œuvres complètes du Cercle du Livre précieux (sous la direction de Henri Mitterand, Tchou, 1967, tome IV : préface de Matthieu Galey) avant de souligner l’intérêt que présente l’édition procurée par Chantal Pierre-Gnassounou dans le tome IX des récentes Œuvres complètes publiées chez Nouveau Monde Éditions (sous la direction de Henri Mitterand, 20 volumes, 2002-2008). Fondées sur le principe d’un classement chronologique des œuvres, ces Œuvres complètes permettent d’utiles rapprochements entre les romans et les textes qui les ont entourés au cours d’une même période : le tome IX propose ainsi, à la suite de Nana, la nouvelle de L’Attaque du moulin, le manifeste théorique du Roman expérimental ainsi qu’un certain nombre d’articles critiques et des extraits de la correspondance.
Enfin il faut noter que le dossier préparatoire du roman (BNF, NAF 10313, 344 folios) est désormais accessible, dans son intégralité, grâce à la remarquable édition en plusieurs volumes que Colette Becker est en train de réaliser chez Champion : il figure au tome III de cette publication qui offre, en vis-à-vis, la transcription de deux folios, sur la page de gauche, et de leur reproduction en fac-similé, sur la page de droite (La Fabrique des Rougon-Macquart, avec la collaboration de Véronique Lavielle, Honoré Champion, 2006).

Monographies

 

Le roman n’a bénéficié d’aucune thèse universitaire qui se soit attachée à une étude détaillée de ses thèmes et de ses structures – à la différence de ce que l’on trouve, par exemple, pour Germinal, L’Assommoir ou L’Œuvre. On peut noter l’étude de Georges Bafaro (Nana, Ellipses, « Textes fondateurs », 2000). Mais il faut surtout signaler l’étude de Éléonore Reverzy, qui sera particulièrement utile dans la perspective du concours : Nana d’Émile Zola, Gallimard, « Foliothèque », 2008.

Le contexte historique

 

Sur la question de la prostitution au XIXe siècle, il faut mentionner l’ouvrage classique d’Alexandre Parent-Duchâtelet (De la prostitution dans la ville de Paris, Paris, 1836, 2 vol.), avant de faire référence aux travaux des historiens modernes : notamment ceux de Jean-Paul Aron (Misérable et glorieuse, la femme au XIXe siècle [sous la direction de], Fayard, 1980) et d’Alain Corbin (Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution (XIXe siècle), Flammarion, « Champs », 1982).
Le thème de la « fête impériale » ne doit pas être négligé : le roman, en effet, ne se limite pas à l’univers de la prostitution, mais il traite aussi du monde du théâtre et il met en scène le personnel politique du Second Empire à travers le personnage de Muffat. Ces aspects pourront être abordés, par exemple, à partir des ouvrages de Bernard Briais (Grandes Courtisanes du Second Empire, Tallandier, 1981), David Baguley (Napoleon III and His Regime : An Extravaganza, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 2000) et Jean-Claude Yon (Jacques Offenbach, Gallimard, « NRF Biographies », 2000).

Le personnage de Nana

 

Le ton est donné par l’exclamation de Flaubert, au moment où paraît le roman : « Nana tourne au Mythe, sans cesser d'être réelle. Cette création est Babylonienne » (lettre à Zola du 15 février 1880, Correspondance, éd. J. Bruneau et Y. Leclerc, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, 2007, p. 834). Ou par la formule de Roland Barthes, en 1955 : « La Mangeuse d'hommes » (Guilde du livre. Bulletin mensuel, Lausanne, XX, n° 6, juin 1955, pp. 226-228)…
Les identités multiples du personnage de Nana ont été analysées dans de nombreuses études. Il faut évoquer les travaux de :

    1. Per Buvik, « Nana et les hommes », Les Cahiers naturalistes,n° 49, 1975, pp. 105-124 ;
    2. Jean de Palacio, « La féminité dévorante. Sur quelques images de la manducation dans la littérature décadente », Revue des sciences humaines, n° 168, octobre-décembre 1977, pp. 601-618 ;
    3. Lynda A. Davey, « La croqueuse d'hommes : images de la prostituée chez Flaubert, Zola et Maupassant », Romantisme, n° 58, 1987, pp. 59-66 ;
    4. Sandy Petrey, « Anna-Nana-Nana. Identité sexuelle, écriture naturaliste, lectures lesbiennes », Les Cahiers naturalistes, n°69, 1995, pp. 69-80 ;
    5. Pascale Krumm, « Nana maternelle : oxymore ? », The French Review, n° 2, décembre 1995, pp. 217-228 ;
    6. Éléonore Roy-Reverzy, « Nana ou l'inexistence. D'une écriture allégorique », Les Cahiers naturalistes, n° 73, 1999, p. 167-180.

Signalons trois études qui ont été reprises dans des volumes ayant joué un rôle important dans les études féministes américaines au cours de ces dernières années :

    1. Naomi Schor, « Le sourire du sphinx : Zola et l'énigme de la féminité », Romantisme, no 13-14, 1976, pp. 183-195 (en anglais : « Smiles of the Sphinx : Zola and the Riddle of Femininity », article repris dans Breaking the Chain : Women, Theory, and French Realist Fiction, New York, Columbia University Press, 1985, pp. 29-47) ;
    2. Janet L. Beizer, « Uncovering Nana : The Courtesan's New Clothes », L'Esprit créateur, n° 2, été 1985, pp. 45-56 (article repris dans Ventriloquized Bodies. Narratives of Hysteria in Nineteenth-Century France, Ithaca / Londres, Cornell University Press, 1993, pp. 174-187) ;
    3. Peter Brooks, « Le corps-récit, ou Nana enfin dévoilée », Romantisme,n° 63, 1989 [« Femmes écrites »], pp. 67-86 (en anglais : « Nana at Last Unveil’d ? Problems of the Modern Nude », article repris dans Body Work. Objects of Desire in Modern Narrative, Cambridge, Harvard University Press, 1993, pp. 123-149).

Plusieurs ouvrages  de synthèse s’efforcent de situer le personnage de Nana à l’intérieur du roman du XIXe siècle et de le mettre en relation avec les autres figures féminines de l’univers zolien :

    1. Jean Borie, Le Tyran timide. Le naturalisme de la femme au XIXe siècle, Klincksieck, 1973 ;
    2. Anna Krakowski, La condition de la femme dans l’œuvre d’Émile Zola, Nizet, 1974 ;
    3. Chantal Bertrand-Jennings, L'éros et la femme chez Zola. De la chute au paradis retrouvé, Klincksieck, 1977 ;
    4. Sylvie Collot, Les lieux du désir. Topologie amoureuse de Zola, Hachette Université, « Recherches littéraires »,1992 ;
    5. Nathalie Buchet Rogers, Fictions du scandale. Corps féminin et réalisme romanesque au XIXe siècle, Purdue University Press, West Lafayette, Indiana, 1998 ;
    6. Anna Gural-Migdal, L’écriture du féminin chez Zola et dans la fiction naturaliste [sous la direction de], Peter Lang, 2003 ;
    7. Gaël Bellalou, Regard sur la femme dans l’œuvre de Zola. Ses représentations de l’encre à l’écran, Toulon, Les Presses du Midi, 2006.

Perspectives thématiques et narratologiques

 

La place qu’occupe la description au sein du récit a fait l’objet d’un article célèbre de Georg Lukács qui s’appuie sur le chapitre XI de Nana pour mettre en cause le naturalisme de Zola et louer, par comparaison, la dimension épique du réalisme de Tolstoï (« Raconter ou décrire ? Contribution à la discussion sur le naturalisme ou le formalisme », Problèmes du réalisme, L'Arche, 1975, pp. 130-175). Dans une vision plus moderne, les problèmes que pose l’esthétique naturaliste sont abordés sous un angle générique par David Baguley dans Zola et les genres (University of Glasgow French and German Publications, 1993 : voir notamment le chapitre, « Nana, roman baroque », pp. 66-71) et Le Naturalisme et ses genres (Nathan, « Le texte à l’œuvre », 1995).
Les questions soulevées par la construction du récit et l’agencement des thèmes ont fait l’objet de plusieurs articles :

    1. Roger J.B. Clark, « Nana ou l’envers du rideau », Les Cahiers naturalistes, n° 45, 1973, pp. 50-64 ;
    2. Yves Chevrel, « La leçon d'histoire de Nana : structure romanesque et instruction du lecteur », Cahiers de l'UER Froissart, n° 5, automne 1980, pp. 73-80 ;
    3. Maryse Rochecouste, « Images catamorphes zoliennes : deux chapitres de Nana », Les Cahiers naturalistes, n° 60, 1986, pp. 105-112 ;
    4. Joy Newton, « Zola et les images : aspects de Nana », in Ph. Hamon et J.-P. Leduc-Adine, éd., Mimesis et Semiosis. Littérature et représentation. Miscellanées offertes à Henri Mitterand, Nathan, 1992, pp. 461-474 ;
    5. Élise Noetinger, « Les chambres de Nana », Les Cahiers naturalistes, n°71, 1997, pp. 157-173 ;
    6. Frank Wagner, « Nana en son miroir », Les Cahiers naturalistes,n° 75, 2001, pp. 71-86 ;
    7. Mieke Bal, « L’éthique de la description », in V. Jouve et A. Pagès, éd., Les lieux du réalisme. Pour Philippe Hamon, Presses Sorbonne Nouvelle / Éditions L’Improviste, 2005, pp. 147-157.

On sait que, dans le langage moderne, une nana est une jeune femme ou une jeune fille. Le terme est apparu dans la langue française en 1952 seulement. Faut-il le relier au nom de l'héroïne de Zola ? C'est l'hypothèse que proposent le Trésor de la langue française (Gallimard, t. XI, 1985, p. 1310) et le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey (Le Robert, t. II, 1992, p. 1303).

Adaptations et transpositions

 

Le roman de Zola a suscité différentes parodies en 1881, ainsi qu’une suite narrative, publiée en 1882, chez Dentu, par Alfred Sirven et Henri Leverdier : La Fille de Nana. Roman de mœurs parisiennes. Catherine Dousteyssier-Khoze fait le point sur cette question dans Zola et la littérature naturaliste en parodies, Eurédit, 2004 (sur Nana, voir pp. 113-130).
Une adaptation a été réalisée pour le théâtre par William Bunasch, en 1881, avec la collaboration active de Zola. Et l’on compte plus d’une dizaine d’adaptations de Nana au cinéma : les plus célèbres sont celles de Jean Renoir, en 1926, de Dorothy Arzner, en 1934, et de Christian-Jaque, en 1955 ; la plus récente date de 2001 (Nadia Coupeau, dite Nana, par Édouard Molinaro). On en trouvera la liste détaillée dans le Guide Émile Zola publié par Alain Pagès et Owen Morgan, (Ellipses, 2002, pp. 449-451).
S’agissant du théâtre, l’ouvrage de Janice Best offre une excellente synthèse : Expérimentation et adaptation. Essai sur la méthode naturaliste d’Émile Zola, José Corti, 1986 (voir « Nana et la fièvre théâtrale », pp. 97-113).
Les adaptations cinématographiques ont donné lieu à deux ouvrages collectifs : Zola et le cinéma (sous la direction de Paul Warren), Les Presses de l’Université Laval / Presses de la Sorbonne nouvelle, 1995 ; Zola and Film. Essays in the Art of Adaptation (sous la direction de Anna Gural-Migdal et Robert Singer), Jefferson, North Carolina, McFarland and Company Publishers, 2005. Le premier recueil contient un article consacré à Nana : « Nana, le noir et l’invisibilité », par Suzanne Liandrat-Guigues (pp. 149-160) ; et le second, deux articles : « Staging the Courtesan : Taking Zola’s Nana to the Movies », par Heather Howard (pp. 45-61), « From Theater to Cinema : Jean Renoir's Adaptation of Nana », par Katherine Golsan (pp. 62-68). On pourra compléter ces références par les études de Russell Cousins (« Revamping Nana as a Star Vehicle : the Christian Jaque / Martine Carol screen version », Excavatio, IX, 1997, pp. 173-182), Yannick Lemarié (« Nana, un film de Dorothy Arzner », Les Cahiers naturalistes, n° 75, 2001, pp. 243-254) et Gilbert Darbouze (« De la page à la pellicule : la transformation de Muffat dans Nana de Christian-Jaque », Excavatio, XXII, 2007, pp. 35-46).
Dans un ouvrage paru récemment Anne-Marie Baron étudie les adaptations cinématographiques issues de la littérature française du XIXe siècle : Romans français du XIXe siècle à l’écran. Problèmes de l’adaptation, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2008. Un chapitre est consacré à Zola, où il est question des adaptations de Nana (chap. VII, « Nana, cet obscur objet du désir », pp. 109-114).

Iconographie

 

Souvent proposée comme illustration sur les couvertures des éditions modernes, la Nana d'Édouard Manet, qui date de 1877, est contemporaine de L'Assommoir : elle fait donc référence au personnage dont la destinée est esquissée dans le chapitre XI de L'Assommoir, plutôt qu’au personnage central du roman qui sera publié trois ans plus tard, en 1880.
Paul Cézanne s'est inspiré de l'héroïne de Zola dans L'Éternel féminin (peint au moment de L'Assommoir, vers 1877) et dans le Triomphe de la femme (1880). Un peintre aujourd'hui oublié, Dagnan-Bouveret, exposa une Nana au Salon de 1879.

Recherches bibliographiques

 

Pour une recherche appronfondie on consultera la Bibliographie de la critique sur Emile Zola établie par David Baguley (Toronto, University of Toronto Press, 1976 et 1982, 2 tomes), complétée par les suppléments annuels qui paraissent dans Les Cahiers naturalistes.
Une version revue et corrigée de cette bibliographie se trouve en ligne sur le site des Cahiers naturalistes : www.cahiers-naturalistes.com. On y trouvera l’ensemble des références qui correspondent aux années 1959-2007. Un moteur de recherche interne facilite l’accès aux informations.
Terminons en ajoutant que David Baguley est l’auteur d’un remarquable article de synthèse portant sur les études qui ont pu être consacrées au roman de Zola au cours de ces quarante dernières années : « La revanche de Nana », in Mario Petrone et Giovanni Romano, éd., Actualité de Zola en l'an 2000, Naples, L'Orientale Editrice, 2004, pp. 85-95.

 

 

 

Concours