Agrégation de Lettres modernes 2008 : question de littérature comparée

Molière, Le Misanthrope


Sélection bibliographique           

                   
par Patrick Dandrey
Université Paris IV Sorbonne

Éditions

On pourra conseiller aux candidats, outre l’édition inscrite au programme (Préface, notes et dossier de Claude Bourqui, Paris, Hachette, Le Livre de Poche, 2000) la consultation de diverses éditions critiques, dont:

Le Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, éd. crit. Georges Couton, Paris, Gallimard, « Folio classique » (332), 1973. Reprise peu coûteuse et en grande partie fidèle de l’éd. de la Pléiade (1951), approche d’histoire littéraire synthétique et sûre.

Le Misanthrope, [in] Œuvres complètes de Molière, éd. crit. René Bray et Jacques Scherer, Paris, Club du meilleur livre, « Le nombre d’or », 1955, 3 vol. T II, p. 321-426. La notice de J. Scherer, conforme à l’optique du projet, approche la pièce dans une perspective de dramaturgie et de « mécanique » scénique.

Études de l’œuvre de Molière en rapport avec Le Misanthrope

Cairncross, John, Molière bourgeois et libertin, Paris, Nizet, 1963. Une curieuse reconstitution génétique qui divise en deux temps l’invention de la pièce : celui de « l’Atrabilaire amoureux » (actes I à III), celui du « Misanthrope » (actes IV et V), opposant leurs visées et leurs effets (p. 65-100).

Dandrey, Patrick, Molière ou l’esthétique du ridicule, Paris, Klincksieck (1992), 20022. Une analyse globale de la poétique comique de Molière, à voir notamment pour la question de la discontinuité introduite (ou non) par Le Misanthrope dans la conception de la comédie et la vision du monde de Molière (p. 285-300), pour le problème de la signification morale de la pièce, orientée ou ouverte (p. 218-236), pour la question de l’existence ou non du « raisonneur » (p. 201-218), pour la conception de la « nature » dans la comédie moliéresque (p. 320-326) et pour l’interprétation de la folie atrabilaire (i.e. mélancolique) de certains de ses héros (p. 365-413).

Force, Pierre, Molière ou le prix des choses. Morale, économie, société, Paris, Nathan, 1994. Le théâtre de Molière analysé (dans le sillage de M. Serres) sous le signe d’une pensée de l’échange et du don, entre morale et économie : Alceste comme le héros du « juste prix des choses » (p. 101-119 et 131-171 notamment)

Grimm, Jürgen, Molière (2e Auflage), Stuttgart, Metzler, (1984) 20022 (en allemand ; version fr. de la 1ère éd. sans les mises à jour : Molière en son temps, Paris, Seattle, Tübingen, PFSCL, « Biblio 17 », 1993). Une approche socio-critique (l’A. écrit « socio-historique ») qui cherche à situer Molière et accessoirement son Misanthrope au cœur des conflits politiques, sociaux et culturels de son temps, pour montrer comment la comédie fait sens et agit comme pratique sociale (sur Le Misanthrope, p. 123-138).

Guicharnaud, Jacques, Molière, une aventure théâtrale, Paris, Gallimard, 1963. Un classique, un peu ancien, mais fondé sur une analyse encore très suggestive, scène à scène, des trois comédies de la « trilogie » de l’imposture, enveloppant cette approche pragmatique dans une optique plus systématique, celle d’une mise en question du théâtre par lui-même (p. 347-517).

Orlando, Francesco, Due letture freudiane : Fedra e il Misantropo, Torino, Eunaudi, (1971) 19902.. Marquée par la vogue du structuralisme, une psychanalyse du Misanthrope d’inspiration plus traditionnellement freudienne, dont l’optique dessinée par le programme du concours peut rendre intéressante la redécouverte (p. 139-326).

Études consacrées au Misanthrope

***Le Misanthrope au théâtre. Ménandre, Molière, Griboïedov. Introd. de Daniel-Henri Pageaux, Mugron, éditions José Feijóo, 1990. Articles de Jean Mesnard, Jean-Marie Apostolidès, Joséphine Roques, Jacques Lacan, Marc Klein, Richard Monod, Jacqueline Razgonnikoff et Christian Barataud sur Le Misantrhope. Quelques articles classiques ou au contraire audacieusement risqués.

*** Molière/Trois comédies morales sous la dir. de Patrick Dandrey, Paris, Klincksieck, « Parcours critique », 1999. Articles de Marc Fumaroli (« Au miroir du Misanthrope : le commerce des honnêtes gens », 1984), Jules Brody (« Dom Juan et Le Misanthrope ou l’esthétique de l’individualisme chez Molière », extrait de la partie consacrée au Misanthrope, 1969) et Jean Mesnard (« Le Misanthrope, mise en question de l’art de plaire », 1972). Trois études fondamentales de la pièce, orientées autour du conflit entre solitude misanthropique et lien social.

Defaux, Gérard, « Alceste et les rieurs », Revue d’Histoire Littéraire de la France, n° 74, 1974, p. 579-599. La tension entre Alceste et ceux à qui son désir de châtier les mœurs donne à rire est ici analysée comme une mise en question de la comédie morale par Molière et l’indice d’un tournant irréversible dans la conception de son art. Pivot de la théorie « évolutionniste » défendue par Gérard Defaux.

Donné, Boris, « Le Misanthrope, sub specie ambiguitatis », Op. cit. Revue de littérature française et comparée, n° 13, 1999, p. 71-88. Un traque du sens que l’on peut dégager d’une pièce centrée sur un personnage contradictoire, ridicule par sa nature et estimable par sa pensée : à partir de l’hypothèse autobiographique audacieusement revisitée, l’élaboration d’un instrument d’optique pour envisager comment le projet de Molière dépasse cette contradiction en synthèse.

Fichet-Magnan, Élisabeth, « La “maladie” d’Alceste ou le déni de la vision tragique », Papers on French Seventheenth Century Literature, n° 13, 1 (1980), p. 75-116. L’affrontement d’Alceste et du monde qui l’entoure analysé comme confrontation entre la vision tragique et le rationalisme mondain qui en révèle les faussetés et les illusions. Daté pour sa conception du tragique (empruntée à Lucien Goldmann), l’étude pointe et met en perspective les zones de tension suscitées par la misanthropie maladive d’Alceste.

Gutwirth, Marcel, « Visages d’Alceste », Œuvres et Critiques, VI,1, 1981, p. 77-89. Le personnage du Misanthrope devant la critique depuis René Jasinski  (1951) jusqu’à Judd Hubert  (1972) en passant par Lionel Gossman et Jacques Guicharnaud (1963) et par l’article (ci-dessus) de Jules Brody (1969) résumés et analysés sous le signe d’une « nouvelle vague » critique. Un « état présent » qui fait le tour des problèmes suscités par la pièce dans les années 50 à 70.

Jasinski, René, Molière et Le Misanthrope, Paris, Nizet, s.d. (1951, 19702). Étude d’ensemble, tripartite (genèse, revue des personnages, signification esthétique), qui esquissa la première une approche d’Alceste en termes de caractérologie atrabilaire.

Mc Kenna, Antony, « Alceste, le faux solitaire » Chroniques de Port-Royal, n° 51, 2002, p. 283-323 (repris dans Molière dramaturge libertin, Paris, Champion, 2005, p. 73-102). Une lecture très personnelle de l’œuvre de Molière comme machine de guerre contre la foi et de la religion, d’inspiration épicurienne : portrait d’Alceste comme un « faux Solitaire » parodiant les Jansénistes.

Études sur les « noirs chagrins » de la misanthropie atrabilaire

Un texte ancien

Burton, Robert, Anatomie de la mélancolie, choix et traduction par Gisèle Venet, Paris, Gallimard, « Folio classique », 2005. Une sélection de textes parmi les plus importants de l’immense Anatomy of Melancholy (1621) qui marque l’apogée de ce modèle dans l’Europe baroque (éd. intégrale du texte par les Oxford Univ. Press, 1994, et trad. fr. intégrale par Bernard Hoepffner, Paris, Corti, 2000).

Études modernes

Alet, Martine, « La mélancolie dans la psycho-pathologie du début du XVIIe siècle », Papers on French Seventheenth Century Literature, XXVII (n° 53), 2000, p. 447-471. Une synthèse nécessairement schématique mais utilement informée pour une initiation à la doctrine médico-morale (sinon à l’imaginaire) de l’atrabile.

Dandrey Patrick, Anthologie de l’humeur noire. Écrits sur la mélancolie d’Hippocrate à l’Encyclopédie, Paris, Gallimard/le Promeneur, 2005. Une histoire de la mélancolie par les textes envisagée à partir de l’atrabile, et dont le cas d’Alceste réverbère le parachèvement, à la croisée entre médecine, morale et poésie. Pour voir comment s’est progressivement développée l’acception caractérologique et psychologique d’une doctrine physiologique et pathologique transférée par analogie dans le domaine longtemps indécis des « états d’âme ».

Dandrey Patrick, Les Tréteaux de Saturne. Scènes de la mélancolie à l’époque baroque, Paris, Klincksieck, 2003. Complément du précédent, un ensemble d’études littéraires et historiques sur la manière dont se tissent les liens entre l’imaginaire de la bile noire et la poésie dramatique (et plus largement les écritures de la représentation) aux XVIe et surtout XVIIe siècles, sous le signe de la dérive morale et mentale introduite par le délire mélancolique à « idée fixe ».

Fumaroli, Marc, « Le mélancolie et ses remèdes » (1ère éd. ss le titre « Classicisme français et maladie de l’âme », Le débat, n° 29, 1984), repris dans La Diplomatie de l’esprit, Paris, Hermann, 1994, p. 403-439). L’hypothèse que le classicisme français réagit à la tentation baroque de la mélancolie par un sursaut de lucidité, de raison et d’équanimité en condamnant à la dérision les élancements de sublimité saturnienne.

Gossman, Lionel, « Molière's Misanthrope : Melancholy and Society in the Age of the Counterreformation », Theatre Journal, 34 (3), 1982, p. 323-343. La charge d’Alceste contre les valeurs sociales et morales de son temps replacée dans le contexte de la longue durée.

Klibansky, Raymond , Panofsky, Erwin et  Saxl, Fritz, Saturne et la mélancolie. Études historiques et philosophiques : nature, religion, médecine et art, trad. de Fabienne Durand-Bogaert et Louis Evrard, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires » 1989 (éd. originale, Londres et New York, Th. Nelson, 1964). L’histoire esthétique et médicale du modèle, des origines jusqu’à la gravure de Dürer Melancholia, I, dont l’interprétation exhaustive constitue le mobile de cette immense reconstitution de l’imaginaire antique et ancien.

 

 

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